19/01/2018
Air Liquide expérimente une pile à combustible dans son centre de recherche. Une première hors du logement.
Si la future place de l'hydrogène dans le mix énergétique français reste floue, des expériences autour de ses différentes applications s'organisent. L'année 2018 devrait entre autres voir la mise en service du projet Grhyd à Dunkerque, un démonstrateur destiné à tester la conversion d'électricité en gaz. A l'échelle du bâtiment, il faudra se tourner vers Les Loges-en-Josas, dans le département des Yvelines, pour suivre une opération intéressante. En effet, cette commune accueille le nouveau centre de recherche et développement Paris-Saclay du groupe Air Liquide.
Premier essai hors maison individuelle. Ce complexe, presque terminé, utilisera à compter d'avril 2018 une pile à combustible d'une puissance de 100 kWe. Le producteur de gaz pour l'industrie et la santé a signé à ce sujet en novembre 2017 un partenariat avec Gaz Réseau Distribution France (GRDF). L'opérateur analysera les performances du système pendant deux ans et partagera ses connaissances afin d'en améliorer le fonctionnement. «Jusqu'à présent, nos travaux portaient essentiellement sur l'habitat individuel, c'est un premier essai dans le tertiaire pour cette gamme de puissance, explique Régis Contreau, chef de produits innovation et production locale d'électricité de GRDF. Il existait des piles d'une puissance comparable dans en France au début des années 2000, mais elles ont depuis été démantelées.»
L'équipement aujourd'hui en test aux Loges-en-Josas provient de la gamme du constructeur allemand N2telligence, filiale du groupe Fuji Electric. Le modèle appartient à la famille des piles à combustible à acide phosphorique (phosphoric acid fuel cells, PAFC). Cette technologie est employée depuis les années 1970, notamment au Japon, mais elle est toutefois tombée en désuétude au tournant du siècle: son coût demeurait trop élevé en comparaison d'autres sources d'énergie. Cependant, les ambitions d'Air Liquide dans le secteur naissant de l'hydrogène l'ont incité à reconsidérer cette approche.
Trigénération. Alimenté par du gaz naturel, le dispositif intègre un reformeur qui génère de l'hydrogène à partir du méthane. L'hydrogène subit ensuite une électrolyse qui génère du courant et des calories. Ces derniers peuvent être utilisés par un circuit de chauffage ou par une machine frigorifique à absorption pour climatiser des locaux. Ainsi, l'installation possédera une puissance de 110 kWth en chaud et 100 kWth en froid. La production électrique et thermique sera entièrement consommée par le site. «L'achat de garanties d'origine biométhane attestera que le méthane consommé provient d'une source renouvelable, précise Daniel Lheritier, ingénieur d'affaires de GRDF. A terme, un projet de méthanisation pourrait voir le jour à proximité.»
Mathieu Dejeu
19 janvier 2018 - Le Moniteur